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Interview avec Ciré Diakhaté : un jeune leader de l’agrobusiness au Sénégal

Pour ce mois-ci l’équipe de Senagriculture a eu l’opportunité de rencontrer Mr Ciré Diakhaté, jeune éleveur et entrepreneur dans l’agrobusiness. Diplômé d’un master (deux) à l’ISCOM en ingénierie commerciale, Mr Ciré Diakhaté est connu pour son dévouement et sa passion pour le secteur de l’élevage de moutons. Participant actif dans la lutte pour une modernisation de l’élevage au Sénégal, il connait aujourd’hui un succès qui ne laisse pas les acteurs du secteur agropastoral indifférents.

1- Bonjour Mr Ciré Diakhaté, Tout d’abord vous êtes éleveur de moutons depuis combien de temps ?

Bonjour et merci à vous d’être venu me rencontrer… J’ai commencé l’élevage de 2007 à nos jours, il y a de cela presque 10 ans.

2- Quels sont les raisons qui vous ont particulièrement incité à vous lancer dans l’élevage de race Ladoum ?

L’élevage dans notre famille c’est d’abord une question de passion. Ma grand-mère élevait des moutons, et donc nous avons attrapé le virus depuis notre tendre enfance. Malheureusement elle est tombée malade en 2005, et je fus obligé d’assurer la relève en prenant soin des bêtes. En 2007 je me suis dit pourquoi pas améliorer les races que nous avions à l’époque, d’où mon initiation à l’élevage de Ladoum !

3- Avez-vous suivi des études en dehors de cette activité ?

Oui j’ai fait mes études élémentaires jusqu’au CM2 aux parcelles, ensuite j’ai fait mon collège et mon lycée à Lamine Gueye, et enfin J’ai suivi mes études supérieures à l’ISCOM jusqu’au Master en ingénierie commerciale.

4- Que conseillez-vous aux jeunes qui veulent arrêter leurs études et se consacrer à l’élevage des Ladoum ?

Je ne leur conseille absolument pas d’arrêter leurs études pour se consacrer à l’élevage, à moins que ce soit pour se former de manière spécifique à une filière professionnelle du secteur. Vous savez j’ai pu en arriver là où je suis aujourd’hui tout en étant étudiant, ça prend une organisation et une certaine discipline certes, mais on peut bien suivre sa passion tout en restant étudiant !

5- Aujourd’hui avec tout le chemin parcouru quel regard vous portez sur le monde de l’élevage de moutons au Sénégal ?

L’élevage a connu une énorme évolution, les prix ont grimpés au courant de ces dernières années et c’est grâce aux efforts, et au travail remarquable qu’ont fait les éleveurs de moutons du pays. Avant je me demandais avec tous ces moutons et ces prix dispendieux, comment nous allons faire pour nous en sortir financièrement si personne n’en achète. Maintenant les gens ont compris que les races ont vraiment été améliorées et méritent une attention particulière, par conséquent la demande a augmenté et on peut s’estimer heureux d’en faire notre activité principale.

6- On parle souvent de surplus de demande ou d’offre à l’approche de la tabaski, le problème est toujours au cœur des débats, quelle solution vous apportez à cela ?

C’est vrai que cette question revient chaque année, d’ailleurs lors de la dernière réunion de notre groupe d’éleveurs professionnels j’ai proposé que chaque éleveur prenne un mâle de sa bergerie et qu’il l’amène dans son village d’origine ou sa ville d’origine pour en faire un géniteur. L’élevage dans le monde rural pourrait ainsi être amélioré, tout en sachant que le métissage pourrait permettre en dix mois d’obtenir des jeunes mâles qui seront aptes à être vendu pour la fête de la Tabaski. Je ne pense pas que ça soit un énorme sacrifice chez certains éleveurs, car je l’ai moi-même essayé en amenant deux mâles dans notre village et j’ai observé des résultats plutôt satisfaisants. Si nous nous unissons à ce sujet d’ici deux ans nous pouvons obtenir des résultats concrets.

7- Beaucoup de gens veulent se lancer dans l’élevage de Ladoum, mais par manque de moyen ils font marche arrière. pensez-vous que la hausse des prix de ces races connaitra une baisse ?

Je ne pense pas ! … de 1978 à nos jours selon mon mentor Mr Mansour Mbodj, les prix n’ont cessé de croitre. Avant, me disait-il, un agneau coutait deux cent vingt-cinq mille francs (225 000 FCFA) et les gens s’étonnait, aujourd’hui les prix sont passés à un million voir plus pour des agneaux ou agnelles.

8- Le secteur primaire dans plusieurs pays est un vecteur de développement économique et social, quelle partition peut jouer le gouvernement sénégalais pour encourager et dynamiser ce secteur ?

D’abord et surtout, veiller à réduire les taxes d’entreprises productrices d’aliments, car par rapport aux autres pays, l’aliment que nous utilisons au Sénégal pour nourrir nos bêtes est trop cher et quand on a plusieurs sujets cela devient très couteux ; ensuite créer des institutions de formation pour les jeunes qui sont dans le milieu, les aider à mieux acquérir des connaissances pour pousser l’élevage de caprins vers l’avant. Nous avons aussi un manque de vétérinaire compétent et je le souligne assez souvent; Organiser des séminaires pour former des techniciens vétérinaires pourrait être une belle initiative.

9- Vous aviez récemment bénéficié d’un joyau dans votre bergerie, un mâle que vous affectionniez beaucoup et que vous aviez nommée « Chef d’état », avez-vous depuis lors réussie à produire des champions ou championne du salon d’élevage ?

Oui je réserve de belles surprises aux passionnés de l’élevage (rires)… j’ai des futurs champions et championnes qui vont assurer la relève par la grâce de dieu !

10- Vous intéressez-vous à d’autres types d’élevage en dehors des caprins ?

Oui je fais de l’élevage de volaille au niveau de ma ferme qui se trouve à Bambilor, j’ai aussi commencé à élever des chevaux, et je projette de me lancer dans l’élevage d’autruche mais pour cela il me faut plus d’espace pour les isoler, car elles sont parfois porteuses de virus mortels pour la volaille.

11- Un mot pour Senagriculture ?

Je tiens à vous féliciter d’abord pour ce travail que vous faites, parce que le développement d’un secteur ne peut pas se faire sans informations. Vous permettez aux personnes qui s’intéressent à ce que nous faisons, de s’enrichir en connaissance, et de pouvoir le faire en temps réel. Je vous encourage sur cette lancée à fournir de l’information fiable et en continu. Je voudrais en profiter pour remercier mes parents, ma famille et mes amis du milieu de l’élevage, et particulièrement rendre l’ascenseur à mon mentor Mr Mansour Mbodj qui m’a tout enseigné dans ce milieu et qui a fait de moi l’éleveur que je suis devenu c’est une personne qui m’est très chère et je ne pourrais le remercier assez. Je vous remercie.

Lire l’interview sur Senagriculture

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