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Douane : De la pertinence d’un syndicat des soldats de l’économie

Les deux inspecteurs des douanes qui sont traduits devant le conseil de discipline pour faute lourde sont les mêmes qui ont été mis aux arrêts de rigueur par la hiérarchie, en 2011. Il leur était reproché alors d’avoir mené des activités de nature syndicale. Pape Djigdjam Diop et Ndiaga Soumaré, deux Colonels des douanes, refusent de rejoindre leurs nouvelles affectations, au motif qu’elles ne répondent pas à leurs intérêts. Ce qui est sûr, c’est qu’ils font les frais de leur projet de syndicalisation. « Vivement que les nominations téléguidées cessent de prévaloir dans la gestion de nos administrations », avait dit Ndiaga Soumaré.

La loi d’octobre 1969 relative au statut du personnel des douanes dénie aux agents aussi bien la liberté syndicale que le droit de grève. « Le personnel des douanes de tout grade, en activité de service, en position de détachement ou de disponibilité est soumis en permanence aux règles suivantes : … il ne jouit ni du droit de grève ni du droit syndical ; …». Bizarrement, c’est au Sénégal et en Guinée Bissau seulement que les douaniers ne sont toujours pas syndiqués, dans l’espace UEMOA. Au Burkina Fasso, « l’exercice du droit syndical et du droit de grève tels que consacrés par la Constitution et les conventions internationales, sont reconnus au personnel des douanes et s’exercent dans les conditions prévues par les lois et règlements en vigueur ».

Toutefois, il y a des mesures prévues compte tenu du rôle capital des douaniers dans l’économie nationale. C’est ainsi que la loi burkinabé prévoit que : « en raison du caractère stratégique des missions dévolues à la  douane et des obligations professionnelles qui en découlent, un service minimum est toujours assuré… » C’est dire qu’il y a possibilité d’encadrer éventuellement le fonctionnement d’un syndicat des douanes sénégalaises de sorte que l’économie du pays n’en soit pas atteinte considérablement. Les avantages qui militent en faveur du personnel et de l’organisation du travail sont nombreux. Un syndicat permettra aux fonctionnaires du dit corps de se défendre face à la hiérarchie, de construire une solidarité agissante, de négocier avec l’État et d’avoir la capacité d’ester en justice pour la défense des intérêts de ses membres.

La constitution sénégalaise « garantit à tous les citoyens des libertés individuelles, fondamentales, les droits économiques et sociaux ainsi que les droits collectifs ». En 2013, le Conseil Constitutionnel avait rendu un arrêt sur le droit syndical des douaniers sénégalais en précisant que le droit de grève est différent du droit syndical. Il s’était prononcé seulement sur le droit de grève alors que le recours portait plutôt sur l’exception d’inconstitutionnalité de l’article 8 du statut qui ôte aux douaniers le droit de mettre sur pied un syndicat.

Actuellement, l’Amicale des inspecteurs et officiers des douanes qui est tolérée parce qu’elle ne s’occupe, en principe, que des questions culturelles et sportives. Néanmoins, elle avait appelé à la mise en place d’un Haut Conseil de l’Administration des Douanes chargé, entre autres, d’encadrer et de propulser la carrière des fonctionnaires des Douanes. C’est en 1969, à la suite d’une grève qui avait paralysé toute l’économie, qu’une loi avait conféré à la douane ce statut de corps paramilitaire qui lui interdit de se syndiquer. Il leur avait été octroyé, en retour, une indemnité égale à la moitié du salaire indiciaire, indemnité de douane.

En tout état de cause, un vent nouveau souffle au Sénégal et semble tellement fort d’exigences de transparence et de progrès que les pressions, les radiations et les prétextes politico-juridiques n’y feront rien. L’État et la hiérarchie ne sauveront la face qu’à la condition d’aller dans la direction du courant, celui pour l’équité et pour la rigueur. Autrement, ils n’y laisseront que des plumes sans jamais parvenir à contenir les rafales. Dorénavant, c’est de l’intérieur de notre administration et de ses coulisses que ça brasse bruyamment. Les progressistes politiciens de carrière ont perdu le monopole du vedettariat.

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Birame Ndiaye

Birame Ndiaye

Birame Ndiaye est journaliste et Analyste sur Senécoplus. Diplômé de l’école des hautes études politiques (EHEP, Paris) en 2003 il a complété un certificat en administration des services publics à l’UQAM en 2008 et un certificat en journalisme à l’UDEM en 2014.
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