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Aïda Diarra : la vision africaine de western union

Western Union ne craint pas la concurrence en Afrique. La multinationale américaine se dit très motivée à affronter les nouveaux acteurs sur le marché du transfert d’argent. Les investissements sur les nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux et le mobile cash, sont désormais le nouveau cheval de bataille de Western Union. Dans cet entretien, Aïda Diarra, vice-présidente de Western Union et patronne de la zone Afrique fait le bilan des activités 2015 et annonce la couleur pour 2016.

Les Inspirations ÉCO : Quel bilan faites-vous de l’activité 2015 de Western Union en Afrique ?
Aïda Diarra : En 2015, Western Union a célébré ses 20 ans de présence en Afrique. Pour nous, c’était une étape importante parce que 20 années plus tôt, Western Union s’était lancée dans un pari de redéfinir l’activité de transfert d’argent. Il s’agissait de permettre aux clients d’envoyer de l’argent et de permettre à leurs proches de le recevoir en quelques minutes à travers le monde. Au fil des années et avec l’aide de nos partenaires, nous avons constitué un réseau de 35.000 points de ventes en Afrique sur les 500.000 dans le monde. Au cours des cinq dernières années, nous avons essayé de diversifier le portefeuille services mis à la disposition des clients. Cela veut dire que les envois d’argent peuvent désormais se faire au départ d’un site internet. Ce service est surtout plus accessible dans les pays développés, mais il existe également en Afrique, notamment au Nigéria. En plus de l’internet, notre offre s’est élargie à la possibilité de transférer de l’argent directement sur un compte bancaire. Il y a également la possibilité, via Western Union de créditer de l’argent via des applications
mobiles.

En un mot, ce fut une année d’investissement dans les outils technologiques…
Pour nous, la diversification de ces services entre dans le cadre de la stratégie que nous nous sommes fixés et qui consiste à capitaliser sur les innovations du digital afin d’offrir plus de solutions aux consommateurs, notamment africains. 2015 s’est donc inscrit dans cette ligne. Nous avons non seulement élargi notre réseau, mais aussi ajouté le nombre de comptes bancaires connectés à Western Union. Nous avons aussi développé des partenariats avec les opérateurs mobiles. En un mot, 2015 fut une bonne année pour nous.

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Quels sont les grands projets prévus pour cette année 2016 ?
Nous nous intéressons aux projets qui touchent au digital. Les consommateurs ont plus accès à un téléphone portable qu’à un compte bancaire. Naturellement, il faut capitaliser sur ces avancées technologiques afin de diversifier davantage notre offre de service. Nous continuons de réfléchir dans ce sens. Cela dit, dans beaucoup de nos pays, les gouvernements sont préoccupés par des questions de bancarisation de la population. Je pense que nous avons un rôle à jouer afin d’aider à créditer ces comptes.

En Afrique, quelles sont les régions les plus dynamiques pour Western Union ?
Sur le continent, le Nigéria est le pays le plus actif en termes de mouvements de transferts d’argent. Le montant pour ce pays est d’environ 21 milliards de dollars de réception de fonds envoyés depuis l’extérieur, selon la Banque mondiale. L’Égypte est aussi un marché très dynamique. Le Maroc est également un gros receveur de montants envoyés, soit entre 6 à 7 milliards de dollars. Il en est de même pour des pays comme le Sénégal ainsi que le Kenya qui sont également de grands receveurs. Ce qu’il est important de noter par rapport à notre activité, ce sont les corridors de transfert de fonds. Par exemple, on peut dire que l’axe Espagne-Maroc est un corridor. Globalement, nous constatons que dès qu’un corridor baisse en activité, il est automatiquement remplacé par un autre. Par exemple, les difficultés économiques que l’Espagne a connues ces dernières années se sont répercutées par une baisse des envois des émigrés marocains résidant dans ce pays. Au même moment, nous avons observé une accélération du flux migratoire vers le Moyen-Orient ainsi que des transferts depuis cette région en direction du Maroc.

Sur le continent, quelle partie est plus dynamique dans vos activités : l’Afrique anglophone ou francophone ?
Nous ne faisons pas de segmentation dans ce sens. Chaque pays a ses spécificités. Je ne pense pas que ce soit judicieux de séparer l’Afrique anglophone de l’Afrique francophone car les migrations sont tout aussi développées de part et d’autres.

L’Afrique reçoit de l’argent envoyé par ses migrants. Mais est-ce que le continent est une zone émettrice de transferts d’argent ?
L’Afrique envoie de l’argent ! Pendant longtemps, ce sont des pays comme la Libye, l’Angola et la Côte d’Ivoire qui étaient à la fois receveurs et émetteurs. Ces économies avaient drainé des flux migratoires en raison de leur émergence économique.

Qu’en est-il de l’importance des flux intra-africains, par rapport à ceux venant hors d’Afrique ?
Les montants moyens envoyés depuis l’extérieur du continent sont plus importants, mais il y a une dynamisme que nous observons à l’intérieur du continent. Il y a des mouvements très intéressants qui ont lieu. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la plus grande partie de la migration se fait dans la région. Cela se répercute également sur les envois de fonds.

La situation sécuritaire en Afrique n’impacte-t-elle pas vos activités ?
Lorsqu’il y a une insécurité dans un endroit donné, elle va entraîner des flux migratoires vers d’autres régions. Il y a donc un mouvement de balancier qui se crée et permet à notre activité d’être résiliente comparée à d’autres activités économiques.

Par rapport aux autres régions du monde, où classeriez-vous l’Afrique ?
L’Asie fait partie des plus grands receveurs d’argent au monde, notamment des pays comme l’Inde et la Chine. Il en est de même pour l’Amérique latine, surtout des pays comme le Mexique. Cela dit, avec 21 milliards de dollars de fonds reçus, le Nigéria se classe à la 5e place au niveau mondial. Donc, dans l’absolu, l’Afrique se classe bien après certaines régions, voire certains grands pays du monde, mais cela n’enlève rien à la dimension et à l’impact que ces flux ont sur le développement du continent aussi bien sur le plan macroéconomique que microéconomique.

Western Union est désormais très concurrencée sur le marché du transfert d’argent. Comment vivez-vous cette concurrence ?
J’ai tendance à dire que la concurrence est quelque chose de positif. Elle permet d’exceller dans les réponses que nous apportons à nos consommateurs. Notre activité devient de plus en plus complexe, au vu du nombre d’intervenants, mais aussi de l’environnement réglementaire. Ce dernier requiert des investissements particuliers afin d’être en ligne avec les règlements des différents pays où nous sommes implantés. Pour Western Union, le fait d’être à l’écoute d’un marché en pleine transformation et le fait d’investir dans la sécurité et la conformité nous permet d’être dans une position unique et de continuer à jouer un rôle plus important dans l’industrie du transfert d’argent.

Mais est-ce que les facilités offertes par les nouveaux concurrents ne font pas de Western Union un acteur réservé à l’élite ?
Western Union s’inscrit dans la durabilité de son service. Cela dit, dans notre activité, si l’on veut être un acteur sérieux il y a des fondamentaux à prendre en compte. L’aspect réglementaire, les relations avec les consommateurs et les partenaires sont essentiels dans notre industrie. Aujourd’hui, Western Union sert 16.000 corridors qui nous permettent d’avoir de la durabilité et de faire des investissements dans les domaines fondamentaux ainsi que d’offrir un service de qualité aux partenaires et aux clients.

Ne pensez-vous pas que les prix appliqués par Western Union sont trop chers ?
Le coût de la transaction est lié à plusieurs facteurs : la distribution, le réseau, la fiscalité, les besoins en formation, les investissements dans les procédures d’anti-blanchiment d’argent, etc. Tous ces éléments contribuent à offrir un service de qualité aux clients et requiert un investissement. Les prix que nous appliquons varient par corridors et par pays. Nous sommes conscients que le client est très au fait des différentes offres existantes sur le marché. Il ne se gênera pas de choisir le moins cher pour lui. Donc aucun acteur ne peut être au-delà des prix du marché. Globalement, les prix appliqués par Western Union à l’échelle globale se situent entre 5 et 6% du total du montant envoyé. En Afrique, nous appliquons les mêmes taux. À mon avis, il faut éviter certaines extrapolations.

Vous avez récemment pris part à l’édition 2016 de l’Africa CEO Forum. Quel en a été le principal apport selon-vous ?
Je pense que c’est un forum qui est très positif, dans la mesure où il permet aux leaders d’entreprises africaines de se rencontrer, de parler des enjeux et des perspectives du continent. J’en retiens un optimisme par rapport à ce que l’Afrique a à apporter comme croissance, non seulement en 2016, mais aussi lors des années à venir. J’ai aussi retenu un réalisme par rapport aux enjeux et aux problématiques auxquelles nous faisons face pour que l’Afrique puisse libérer les opportunités dont elle dispose. À l’Africa CEO Forum, Western Union a également eu l’honneur d’offrir un déjeuner portant sur le rôle de la femme dans l’entreprise et qui a vu la présence de femmes africaines exceptionnelles de plusieurs profils et pays. Ce fut une opportunité de discuter du rôle de la femme dans l’activité économique.

Écrit par Oumar Baldé Leseco.ma

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